Sans tradition footballistique solide avant guerre, la deuxième ville de France n'a dû l'existence d'un club durablement performant qu'à un volontarisme municipal qui a débouché, en 1950, sur la création de l'Olympique lyonnais. L'OL "moderne" succédait directement au Lyon Olympique universitaire qui végétait en D2 depuis 1946, lequel avait lui-même absorbé un FC Lyon moribond en 1935.
Il a ensuite fallu à l'Olympique lyonnais une dizaine d'années pour devenir l'un des clubs importants du pays. Une renommée fondée sur quelques coups d'éclat en Coupe de France (trois victoires entre 1964 et 1973), l'émergence de talents parmi les plus importants qu'ait compté le football français grâce à une politique de formation précoce (Chiesa, Lacombe, Tigana...) et, depuis le début de la présidence de Jean-Michel Aulas en 1987, un rôle plus ou moins affirmé de leader dans le développement du foot-business en France.
Désigné par son budget et par les ambitions affichées comme l'un des clubs français qui comptent, Lyon n'en reste pas moins vierge de tout titre de champion de France de D1. Un vide qui paraît abyssal au regard du palmarès du club, par ailleurs hororable, et une virginité vécue comme un fardeau par les joueurs qui défendent ses couleurs aujourd'hui, auxquels leur président a confié la mission de ramener entre Rhône et Saone un titre national avant 2002.
L'objectif est à la hauteur des espérances qu'a pu susciter l'OL dans le passé, puisque à quatre reprises au moins, le club s'est rapproché des sommets nationaux avec des équipes que les circonstances ont démantelé avant que leur plénitude ait été atteinte : en 1964, au milieu des années 70, en 1981, en 1995. Pour que Lyon cesse d'être le club des occasions perdues, Jean-Michel Aulas a assis le club sur des bases économiques solides qui lui permettent, depuis deux saisons, d'attirer les bons joueurs à Gerland plutôt que les en faire partir. Alors qu'il a tout juste cinquante ans, l'OL saura vite si la malédiction de "l'éternel second" lui colle définitivement à la peau.
Le football voit le jour à Lyon en 1895, avec des footballeurs drapés de maillots à damiers rouges et blancs qui deviennent, sous l'étiquette du FC Lyon, champions régionaux en 1908 et 1909. Avant-guerre, le club ne fera pas mieux que quart de finaliste du championnat USFSA, l'un des deux championnats de France "amateurs", en 1912 et 1914.
En 1917, quatre clubs se disputent une centaine de pratiquants ; le FC Lyon, l'AS Lyonnaise, le CS Terreaux et le Lyon Olympique universitaire (LOU).
Le FC Lyon réussit son premier coup en atteignant la finale de la première coupe de France en 1918, en battant au passage l'AS Lyonnaise. A Paris, les Lyonnais s'inclinent 3-0 contre Pantin, devant 2 000 spectateurs. Le gardien argentin Mutti ayant été tué au combat en 1917, le FCL a joué à partir des quarts de finale avec l'attaquant belge René Decoux dans les buts. Lors de ce match, le capitaine lyonnais Ebrard se fait une place dans l'Histoire en obtenant que son adversaire Weber, expulsé par l'arbitre pour violences envers Decoux, puisse rester sur le pelouse...
Le FC Lyon ne fera plus jamais mieux qu'un seizième de finale avant 1933, date à laquelle il passe professionnel à l'initiative d'un président déterminé, Jean Mazier. Dernier de sa poule en D2, le FCL fusionne dès 1934 avec l'AS Villeurbanne, ville où elle dispute ses matches, et rejoint dans cette configuration le Lyon Olympique universitaire. Le Lyon olympique est à l'origine un club omnisports fondé en 1899, finaliste du championnat USFSA dès 1906 (battu par Marseille). Le club ne fera pas mieux qu'un huitième de finale de coupe de France dès la première édition de 1917-18, battu par... Pantin.
En 1935, il fusionne avec l'AS Villeurbanne pour fonder le LOV (Lyon olympique Villeurbanne) mais au terme d'une saison ratée en D2 qui lui enlève le statut pro, le LOU retrouve son indépendance dès 1936. Pendant la guerre, une rapide expérience de Lyon-Lyonnais voit le jour avec la base du LOU. Le club redevient pro en 1942, remporte la "poule Sud" du dernier championnat de guerre en 1944, mais il redescend en D2 dès 1946.
Lorsque l'Olympique lyonnais voit le jour le 26 mai 1950, en vue du championnat 1950-51 qui débute trois mois plus tard, il s'agit d'en finir avec le tâtonnement qui a prévalu pendant la première partie du siècle, le football à Lyon s'étant dispersé entre le FC Lyon, le LOU et Villeurbanne. La section rugby du LOU précipite le départ de la section football et facilite la naissance d'un club uni, voulu par la mairie, qui s'installe d'entrée dans le stade de Gerland (achevé en 1920) et déserte le vieux stade des Iris. Il ne quittera pas davantage ses couleurs bleu et rouge, les couleurs de la ville, adoptées dès sa naissance. Le nom, Olympique lyonnais, est proposé par Alain Trillat, chirurgien réputé.
Le bébé se porte bien. Il se structure grâce à l'aide municipale et remporte 3-0 son premier match pro le 27 août 1950 au CA Paris, en D2, pour entamer une année qui le mènera d'entrée à l'accession en Première division. 5 000 personnes assistent au dernier match face à Monaco (3-2). L'OL descend aussi vite qu'il est monté mais, toujours sous la direction de son premier coach, Oscar Heisserer, qui rechausse les crampons à 38 ans, s'installe parmi l'élite après la saison 1953-54. Le club y restera jusqu'en 1983, signant 1070 matches consécutifs en D1, record seulement battu par Nantes en 1993.
Pendant neuf ans, l'OL n'aura fait que vivoter, à l'exception de deux demi-finales de coupe de France en 1955 et 1956. Des talents émergent, Bonvin d'abord, futur international, puis Schultz, Lerond, Gardon ou Sabathier. En 1959, Lyon élimine le grand Reims en huitième de finale de la Coupe. En 1963, l'équipe se classe cinquième en championnat et atteint la finale de la coupe de France (battue par Monaco qui réalisera le doublé), annonçant la grande équipe de 1964.
Façonnée par le méthodique Lucien Jasseron, qui avait gagné la Coupe avec un club de D2 (Le Havre, exploit resté unique à ce jour), elle remporte la coupe face à Bordeaux (2-0 à Colombes), grâce à un doublé de son buteur Nestor Combin en première mi-temps. L'OL termine quatrième en championnat et manque d'un rien la finale de la coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe.
En demi-finale contre le Sporting, l'OL cède sur un match d'appui disputé à Madrid, sans Combin suspendu (0-1), après deux nuls, 0-0 à Gerland et 1-1 au Portugal. Avec la règle du but à l'extérieur qui ne sera adoptée qu'en 1970, Jean Djorkaeff et les siens auraient affronté le MTK Budapest en finale...
Cette équipe de 1964, très forte sur toutes ses lignes, bâtit ses succès avec l'international Marcel Aubour dans les buts, Jean Djorkaeff en défense, et surtout le meneur excentré sur la gauche Angel Rambert, à la distribution pour le buteur Nestor Combin et le jeune Fleury Di Nallo.
Promise à un destin plus glorieux, l'équipe perd ensuite ses meilleurs joueurs (Combin part à la Juventus, Djorkaeff à Marseille et Aubour à Nice, Dumas se blesse), ne conserve que Di Nallo et Rambert, et redevient terriblement ordinaire en championnat.
Tout juste assuré de continuer son Histoire en D1 à l'issue de la saison 1966-67 (15e), l'OL remporte la même saison une Coupe de France un peu miraculeuse grâce à une mosaïque de joueurs du cru (dont le jeune attaquant Nouzaret), de seconds couteaux arrachés aux championnats amateurs (le gardien Zewulko, le défenseur Glyzinski) sur laquelle sont venus se greffer le Lorrain Rocco, le Luxembourgeois Kuffer, le buteur sedanais Perrin et le Niçois d'origine algérienne Maison, resté dans l'Histoire pour avoir dégagé un ballon dans les bras du général de Gaulle, pendant la finale face à Sochaux (3-1). En demi-finale, Lyon avait éliminé Angoulême... à pile ou face, à l'issue d'un troisième match nul consécutif !
En 1968, Lyon élimine Tottenham en coupe d'Europe mais bute en quart contre Hambourg. L'Olympique lyonnais en restera là jusqu'à ce que le président Rochet et son beau-frère Forest, qui dirigeront le club entre 1965 et 1977, récoltent les fruits d'une judicieuse politique de jeunes talents.
En 1969, Lyon débauche de Saint-Etienne le capitaine de l'équipe de France juniors, Serge Chiesa, en lui promettant une place de titulaire. La même année, un gamin de 17 ans nommé Bernard Lacombe fait ses débuts. L'équipe juniors de l'OL remporte la Gambardella en 1971, contre l'ossature de ce qui deviendra la fameuse équipe de Saint-Etienne en 1976...
Cet apport de jeunes joueurs jette les bases d'une finale de coupe en 1971 perdue contre Rennes (0-1) pour la dernière du stade Colombes, puis d'une victoire en 1973 contre le champion nantais (2-1). Le troisième trophée de l'OL en dix éditions. Une finale curieuse, puisque le deuxième but lyonnais a été inscrit par Bernard Lacombe après un contrôle de la main, avant que Couécou ne réduise la marque... du poing.
Cette équipe entraînée par Aimé Mignot - capitaine et arrière gauche de l'équipe de 1964, plus de 400 matches pour l'OL à lui seul - terminera deux fois troisième du championnat (1974 et 1975) et demeure l'une des plus brillantes qu'ait connue le club : Pierre Chauveau dans les buts, Raymond Domenech, Jean Baeza et le Yougoslave Ljubomir Mihajlovic dans une défense intransigeante, l'Uruguyen Maneiro et Daniel Ravier au milieu, et surtout la triplette Lacombe, Di Nallo, Chiesa en attaque.
L'équipe s'essouffle à l'hiver 1976, quelques mois après une défaite en finale de la coupe contre Marseille (0-2) pour la première finale du Parc des Princes dans sa configuration moderne.
Aimé Jacquet, tout jeune directeur de la formation, commence sa carrière d'entraîneur dans un contexte de crise financière et sportive, le 12 février 1976. Il était venu terminer sa carrière de joueur à Gerland après une double opération pour rupture du tendon d'Achille (il aura disputé 22 matches entre 1973 et 1975). Lyon mise tout sur son centre de formation - un vrai, après des années de tâtonnements - pour se relancer, car comme dix ans plus tôt, Lyon perd ses meilleurs éléments (Ravier, Bernard, Chauveau, Domenech) au moment où son aspiration au sommet voudrait qu'il les conserve. Mais les finances sont catastrophiques, ce qui vaut au président Rochet de laisser sa place à Robert Michaux.
En 1980, il faut passer par les barrages contre Avignon pour éviter la descente en D2, à l'issue d'une saison laborieuse qui aura conduit Jacquet à se séparer de six professionnels pour relancer l'équipe avec ses jeunes. L'OL s'en sort alors grâce à deux milieux de terrain au-dessus de la mêlée : Serge Chiesa à la baguette, et le jeune Jean Tigana, recruté à Toulon par le jeune retraité Di Nallo, à la récupération.
Alors que Lacombe a quitté le club en 1978 pour Saint-Etienne et que Jacquet va tenter sa chance à Bordeaux en 1980, Lyon retrouve une stature qui fait de lui un champion potentiel avec l'arrivée de Jean Perrot à la présidence. Le club retrouve un peu d'air, et nanti de ce qui passe alors pour le meilleur milieu de terrain de France (Tigana, Moizan, Chiesa et le jeune Laurent Fournier, seize ans et demi), fait la course en tête une bonne partie de la saison avant de terminer le championnat à la sixième place. Derrière, Domergue et Zambelli se font connaître, et un illustre inconnu pioché en D2 yougoslave par Ljubomir Mihajlovic, Sima Nikolic, marque 17 buts pour sa première saison en France. Daniel Xuereb, sorti du centre de formation, l'épaule si bien qu'il goûte à l'équipe de France.
Comme il s'en est fait une spécialité, l'OL dilapide son magot en vendant Moizan à Saint-Etienne, Tigana à Bordeaux (pour 2.5MF alors qu'il avait été acheté 150 000 francs) et en laissant filer le jeune Xuereb. Nikolic oublie de marquer depuis l'instauration d'une prime au but, mais cette fois la sanction est plus grave : Lyon descend en D2 en 1983, trente ans après l'avoir quittée.
Le club restera six ans dans cette D2 à deux groupes qui oblige à terminer à la première place pour être certain de la montée. Ce qu'il convient d'appeler les "années noires" d'un Olympique lyonnais jamais très loin de la montée directe, mais toujours battu lors des barrages de fin de saison. Deux fois troisième (1984 et 1986), deux fois deuxième (1987 et 1988), l'OL ne retrouve l'élite qu'à l'issue de la saison 1988-89, avec deux petits points d'avance sur Nîmes.
Entre-temps, le président Charles Mighirian a cédé son fauteuil à un chef d'entreprise de la région, supporter de l'OL quand il était petit, et peu disposé à voir plus longtemps le club de la deuxième métropole française végéter en D2. Jean-Michel Aulas, le nouveau patron, lance un plan "OL-Europe" qui promet la remontée en D1 et une qualification euréopenne sous quatre ans.
Il remet de l'ordre dans la maison, profite d'un 1-7 encaissé à Gerland contre Sochaux pour se débarrasser de l'entraîneur Robert Nouzaret et rappelle au club deux jeunes retraités qui avaient su faire vibrer Gerland dans les années 70 : Raymond Domenech, qui devient entraîneur, et Bernard Lacombe, directeur sportif.
Sans doute le petit plus qui manquait. Puisque à l'issue de leur première année d'exercice, les deux hommes hissent l'équipe en D1 en lui faisant pratiquer un football offensif qui ramène du public à Gerland, et en lançant dans le grand bain des jeunes joueurs qui assureront sans souffrir la continuité en D1 (NGotty, Garde, Durix, Fugier, Breton, Genesio...) encadrés par un buteur providentiel, Eugène Kabongo.
Comme promis par son nouveau président, Lyon retrouve l'Europe grâce à une cinquième place en championnat à l'issue de l'exercice 1990-91, mais les Turcs de Trabzonspor mettent rapidement fin à l'aventure. La saison suivante tourne au cauchemar : 16e à l'issue de la dernière journée, l'OL revoit la D2 de près... Le scenario se reproduit la saison suivante, en moins effrayant (14e).
Continuant avec la méthode qui avait toujours porté ses fruits dans le passé, l'appel aux anciennes gloires, Jean-Michel Aulas rappelle Jean Tigana aux affaires. Celui qui disputait encore, trois ans plus tôt, une finale européenne avec l'OM, s'installe sur le banc et façonne en deux ans l'équipe lyonnaise la mieux classée en championnat à ce jour.
Derrière l'intouchable FC Nantes version Suaudeau, Lyon termine la saison 1994-95 à la deuxième place. A la base de ce succès, un savant mélange de joueurs d'expérience (Olmeta, Amoros, Sassus) et de jeunes formés au club (Laville, Deplace, Roy). Une équipe sans grande ambition mais pleine d'envie, qui viendra cueillir sa deuxième place comme une superbe récompense.
Surtout, l'OL fait émerger celui que l'on présente alors comme le nouveau Papin, Florian Maurice, qui inscrit 15 buts pendant la saison (18 la suivante) avec derrière lui, un milieu où excelle Franck Gava, qui ne jouera plus jamais aussi bien. Une équipe qui, pour au moins une saison supplémentaire, parvient à conserver ses meilleurs joueurs, mais ne se remettra pas totalement du départ de son géniteur, Jean Tigana, en conflit relationnel quasi permanent avec Bernard Lacombe et Jean-Michel Aulas.
Un conflit de personnalités qui permet cependant à l'OL de réaliser dans la foulée, sous la conduite du plus discret Guy Stephan, la plus grande performance européenne de son existence en éliminant de la coupe de l'UEFA, en novembre 1995, la Lazio de Rome (2-1, 2-0), avec une retentissante victoire au stade olympique lors du match retour qui révèle Ludovic Giuly.
Une nouvelle fois les talents partent et l'ordinaire redevient le quotidien à Gerland, malgré une finale de la coupe de la Ligue en 1996, perdue aux tirs au but contre Metz. Guy Stephan n'obtient rien de mieux qu'une 11e place en championnat avant qu'un début de saison suivante calamiteux, ponctué par une défaite 0-7 à Auxerre, autorise l'arrivée de Bernard Lacombe à la tête de l'équipe.
Celui qui est devenu le partenaire indéfectible de Jean-Michel Aulas jette les bases d'une montée en puissance programmée, annoncée et progressivement obtenue. En 1997, Lyon atteint la demi-finale de la coupe de France sans avoir éliminé une seule D1 et après un succès difficile en quart de finale contre Bourg-Péronnas, équipe de CFA majoritairement composée... de joueurs formés à Lyon
Sous l'ère Lacombe, Lyon bat l'Inter à Milan (2-1) sans pouvoir éviter l'élimination, atteint les quarts de finale de la coupe de l'UEFA en 1999, termine deux fois à la troisième place du championnat (1999, 2000), double son budget et fait revenir Sonny Anderson en France contre 116 millions (record battu depuis).
Une progression incontestable, un peu lente au goût de son président qui a menacé de démissionner après l'échec en coupe de la Ligue de 1996, et polluée par deux catastrophiques éliminations en coupe d'Europe fin 1999 : au tour préliminaire de la Ligue des champions contre les Slovènes de Maribor (1-0 puis 2-0) alors que l'OL avait trop vite oeuvré comme s'il était déjà plus loin, et en seizième de finale de la coupe de l'UEFA contre le Werder Brême (naufrage 0-4 au retour après une victoire 3-0 à Gerland).
Doté d'une assise économique solide et de structures performantes, l'OL veut maintenant récolter le titre de champion qui manque à son palmarès. La qualification pour la deuxième phase de la Ligue des champions et la victoire en Coupe de la Ligue en 2001 est venue conforter le staff technique lyonnais, désormais dirigé par Jacques Santini, dans l'idée que le club avait bien franchi un palier.
Seul un titre autorisera sans doute Lyon à rompre avec une image bien froide entretenue par son un jeu très prudent et la rectitude de ses personnages. Tout le monde, du côté de l'avenue Jean-Jaurès, est convaincu que c'est une question de mois.